Écho de la Paix N°4 Économie de guerre / économie de Paix


AU SECOURS, ILS SONT DEVENUS FOUS !
ÉCONOMIE DE GUERRE : QUAND L’EXCEPTION DEVIENT LA RÈGLE


Quand la guerre devient une politique économique, la paix devient-elle une variable d’ajustement ?
Le mot est désormais entré dans le vocabulaire politique : « économie de guerre ».
Ce n’est plus seulement une formule. La stratégie française prévoit explicitement qu’à l’horizon 2030, l’économie et les capacités industrielles puissent répondre aux besoins des armées face à une guerre majeure. La nouvelle programmation militaire ajoute 36 milliards d’euros sur la période 2026-2030, portant l’effort prévu par la LPM actualisée à 436 milliards d’euros courants sur 2024-2030.


Le Comité Sud Vienne du Mouvement de la Paix pose une question simple :
Que se passe-t-il lorsque la préparation à la guerre devient un moteur permanent de l’économie ?
Une économie de guerre modifie les priorités publiques. Les commandes militaires augmentent, les capacités industrielles sont orientées vers les besoins de défense, les stocks stratégiques sont renforcés et certaines entreprises peuvent être soumises à des obligations spécifiques de production ou de stockage. La loi de programmation militaire de 2026 prévoit notamment des possibilités de constitution de stocks stratégiques et un renforcement du contrôle de certaines entreprises considérées comme stratégiques.
Cette orientation peut produire des effets industriels réels : commandes publiques, investissements, emplois dans certaines filières, relocalisations et innovations technologiques. Le Gouvernement présente d’ailleurs le renforcement de la base industrielle et technologique de défense comme un moyen de sécuriser les approvisionnements et de soutenir l’industrie française.
Un choix budgétaire a toujours un coût d’opportunité:
Chaque euro consacré à une priorité ne peut être dépensé simultanément ailleurs.
Alors se pose une question démocratique essentielle :
Combien pour les armes ? Combien pour l’école ? Combien pour l’hôpital ? Combien pour la transition écologique ? Combien pour la justice sociale ?
Tout cela dans un contexte économique contraint, comme ils disent !!!


UNE ÉCONOMIE QUI CHANGE DE DIRECTION:
Lorsque l’État augmente durablement les dépenses militaires, il ne fait pas que financer davantage d’équipements.
Il contribue à orienter :
LES INVESTISSEMENTS
LA RECHERCHE
LES COMMANDES PUBLIQUES
LES COMPÉTENCES INDUSTRIELLES
LES FORMATIONS
LES PRIORITÉS BUDGÉTAIRES
Le tout sous la boussole d’un seul cap, d’un objectif stratégique : la préparation à la guerre.
La question du Mouvement de la Paix n’est donc pas de nier les besoins de sécurité.
Elle est de demander :
Quelle sécurité voulons-nous construire ?
Une sécurité fondée principalement sur l’accumulation des moyens militaires ?
Ou une sécurité humaine fondée également sur l’éducation, la santé, la coopération internationale, la justice sociale, la prévention des conflits, la diplomatie et la protection de la planète ?


LE RISQUE DU CERCLE VICIEUX
Une économie qui dépend fortement des commandes militaires peut créer des intérêts économiques liés à la continuité de ces dépenses.
Plus les capacités industrielles militaires augmentent, plus il devient nécessaire de les maintenir.
Plus elles sont importantes, plus les investissements nécessaires à leur entretien augmentent.
Et plus elles augmentent, plus la tentation existe de considérer la menace militaire comme une donnée permanente.
La guerre cesse alors d’être seulement un événement dramatique à éviter.
Elle devient aussi un horizon autour duquel on organise une partie de l’économie.
C’est précisément ce mécanisme que le Mouvement de la Paix invite à interroger.


LOI BLANCHET : QUAND L’ÉCOLE ENTRE DANS L’ÉCONOMIE DE GUERRE ?
La proposition de loi portée par Christophe Blanchet vise à renforcer l’enseignement à la défense nationale dans le cadre du parcours de citoyenneté.
L’Assemblée nationale l’a adoptée le 26 mars 2026. Le texte a ensuite été transmis au Sénat le 27 mars 2026.
Son objectif affiché est de renforcer l’enseignement à la défense nationale.
La pétition déposée à l’Assemblée nationale sous le titre « Non à la loi Blanchet ! Non à la militarisation de l’école ! » critique notamment l’idée d’un enseignement obligatoire consacré à la défense et évoque, dans l’exposé de ses motifs, 35 séances annuelles de 35 minutes dans le second degré.
Pour le Mouvement de la Paix, la question dépasse donc le contenu d’un programme scolaire.
Elle concerne la conception même de l’éducation.


OBJECTIFS CACHÉS DE LA LOI BLANCHET: 

-À COURT TERME : CHANGER LE REGARD DES JEUNES
À court terme, l’introduction renforcée de la défense dans le parcours scolaire peut modifier la place accordée aux questions militaires dans l’éducation.
Le risque, selon notre analyse, serait de faire de la préparation à la défense une évidence éducative, alors que l’école devrait également donner aux jeunes les outils pour comprendre les mécanismes des conflits :
histoire des guerres, diplomatie, droit international, désinformation, prévention des conflits, résolution non violente des tensions, culture de paix et esprit critique.
Former un citoyen ne consiste pas seulement à lui apprendre comment se défendre.
Cela consiste aussi à lui apprendre comment empêcher qu’un conflit devienne une guerre.
-À MOYEN TERME : UNE NOUVELLE CULTURE STRATÉGIQUE ?
À moyen terme, une génération d’élèves davantage exposée au vocabulaire de la défense, de la menace, de la résilience et de la préparation militaire pourrait progressivement intégrer ces notions comme des éléments ordinaires de la citoyenneté.
Ce n’est pas nécessairement problématique en soi.
Mais cela pose une question fondamentale :
L’école doit-elle préparer prioritairement les jeunes à vivre avec la guerre ou leur donner davantage de moyens pour construire la paix ?
Pour le Mouvement de la Paix, la réponse passe par une éducation à la paix, à la coopération, à la solidarité et au règlement pacifique des conflits.
-À LONG TERME : QUELLE SOCIÉTÉ VOULONS-NOUS TRANSMETTRE ?
À long terme, le véritable enjeu est culturel.
Une société qui investit massivement dans la préparation militaire, qui adapte progressivement son industrie, sa recherche et ses formations aux besoins de défense et qui familiarise davantage sa jeunesse avec cette logique peut finir par considérer la préparation à la guerre comme une composante normale de son fonctionnement.
C’est cette normalisation que nous devons questionner.
De tout temps, l’Histoire nous enseigne que, là où l’économie de guerre s’est mise en place, elle a profondément et durablement transformé les sociétés.
L’Histoire nous renseigne également sur autre chose :
les guerres détruisent des richesses beaucoup plus vite qu’elles n’en créent.


L’HISTOIRE NOUS INTERROGE:
Dans les grandes crises économiques et politiques du XXe siècle, la montée des dépenses militaires et la mobilisation industrielle ont souvent constitué des réponses aux crises économiques et sociales.
Il serait historiquement trop simple de dire que les guerres ont été uniquement organisées pour « sauver » un système économique.
Les causes des guerres sont multiples : rapports de puissance, nationalismes, impérialismes, rivalités territoriales, crises politiques, intérêts économiques, idéologies et décisions humaines…
Une chose, cependant, mérite d’être méditée :
Lorsqu’un système économique, quel qu’il soit, entre dans une crise profonde, les sociétés — ou les hommes qui les dirigent — peuvent être tentés de chercher de nouveaux débouchés, de nouvelles mobilisations industrielles et de nouveaux marchés.
Et cela peut s’accompagner d’un récit patriotique instrumentalisé, d’une réécriture de l’Histoire, mais aussi d’un discours mobilisant le peuple et l’intérêt de la nation.
Alors, à cet instant, l’économie de guerre peut apparaître comme une réponse à la crise.
Mais elle ne supprime jamais les contradictions qui ont conduit à cet état de crise.


ET SI NOUS CHANGIONS DE LOGIQUE ? ÉCONOMIE DE GUERRE CONTRE ÉCONOMIE DE PAIX ?
Une économie de paix pourrait investir davantage dans :
L’ÉDUCATION
LA SANTÉ
LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE
LES SERVICES PUBLICS
LA COOPÉRATION INTERNATIONALE
LA PRÉVENTION DES CONFLITS
LA RECHERCHE CIVILE
LA JUSTICE SOCIALE
LA SOBRIÉTÉ ÉNERGÉTIQUE
LA PROTECTION DU VIVANT
La sécurité d’un peuple ne se mesure pas uniquement au nombre de chars, d’avions ou de missiles qu’il possède.
Elle se mesure surtout, à sa capacité à garantir à chacun :
un toit,
une école,
des soins,
une alimentation digne,
un environnement vivable,
des droits
et un avenir.


AU SECOURS, ILS SONT DEVENUS FOUS ?
Peut-être que la vraie folie serait de croire que nous pouvons construire durablement la paix en préparant toujours davantage la guerre.
Peut-être que la vraie audace consiste, au contraire, à poser une question que l’on entend trop rarement :
Et si nous mettions autant d’intelligence, d’argent, de recherche et d’énergie à préparer la paix qu’à préparer la guerre ?
Le Mouvement de la Paix ne demande pas de fermer les yeux sur les menaces.
Il demande de regarder toutes les menaces :
la guerre,
les armes nucléaires,
le dérèglement climatique,
les inégalités,
la pauvreté,
les violences,
les migrations forcées,
la destruction du vivant,
la montée des tensions internationales.
La sécurité humaine ne peut pas être réduite à la sécurité militaire.


NOTRE CHOIX : UNE CULTURE DE PAIX:
Le Comité Sud Vienne du Mouvement de la Paix défend une autre perspective :
Informer.
Débattre.
Comprendre.
Prévenir.
Éduquer à la paix.
Construire des solidarités.
Agir pour un monde plus juste.
Parce que préparer la paix, ce n’est pas être naïf.
C’est refuser de considérer la guerre comme une fatalité.
L’ÉCHO DE LA PAIX
N° 4 — SEPTEMBRE 2026
COMITÉ SUD VIENNE DU MOUVEMENT DE LA PAIX
Humanité • Justice sociale • Dignité • Solidarité • Paix
« La paix n’est pas l’absence de conflit.
C’est la capacité des sociétés à résoudre leurs conflits sans violence. »
ENSEMBLE POUR UNE CULTURE DE PAIX !
Le Comité Sud Vienne du Mouvement de la Paix
J.B.