QUAND L'ÉCOLE FERME POUR MAINTENIR L'ORDRE, QUE RESTE-T-IL DU DÉBAT ?
QUAND L'ÉCOLE FERME POUR MAINTENIR L'ORDRE, QUE RESTE-T-IL DU DÉBAT ?
Fermer ponctuellement un lycée lorsqu'il existe un danger réel pour les élèves et les personnels peut relever d'une mesure de protection.
Mais une démocratie doit rester attentive à ce que l'exception ne devienne pas une méthode ordinaire de gestion de la contestation.
Les lycéens ne sont pas seulement des élèves à protéger. Ils sont aussi des citoyens en devenir, capables d'exprimer une colère, de formuler des revendications et de demander des comptes à l'institution.
Répondre à une mobilisation par la fermeture des lieux où elle s'exprime pose donc une question essentielle :
protège-t-on l'école, ou cherche-t-on à faire disparaître momentanément le problème qu'elle révèle ?
Le Covid nous avait appris que l'école pouvait entrer dans les foyers par l'intermédiaire d'un écran lorsque les circonstances l'imposaient.
Il ne faudrait pas que cette expérience devienne, demain, un nouvel outil de gestion des crises sociales.
Car une démocratie ne se mesure pas seulement à sa capacité à maintenir le calme.
Elle se mesure aussi à sa capacité à entendre ceux qui dérangent.
jusqu’où peut-on restreindre l’accès à l’école pour répondre à un mouvement de contestation ?
Les faits actuels sont précis : le 1er octobre 2026, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a demandé que les cours puissent être assurés à distance lorsque des blocus ou des dégradations empêchent l’accueil des élèves « en toute sécurité », avec des décisions prises au cas par cas par les chefs d’établissement en lien avec les autorités académiques.
Une situation qui ne naît pas de nulle part:
Le mouvement lycéen ne porte pas uniquement sur les blocages. Les revendications rapportées concernent notamment le manque d'enseignants, le remplacement des professeurs absents, les classes et emplois du temps surchargés, l'état des établissements et les conditions d'apprentissage.
Deux enquêtes syndicales publiées en septembre indiquaient qu'au moins un enseignant manquait dans 53 % des collèges et lycées interrogés par le SNES-FSU, et dans 65 % des établissements répondants au SNPDEN-UNSA. Ces chiffres sont issus d'enquêtes syndicales et ne constituent donc pas une mesure statistique exhaustive de l'ensemble des établissements, mais ils témoignent d'un problème récurrent.
C'est précisément ce qui rend la question politiquement et démocratiquement sensible.
Une institution scolaire qui ne parvient pas toujours à assurer normalement l'enseignement répond-elle à la contestation des élèves en supprimant temporairement leur présence physique dans l'établissement ?
C'est là que se situe le véritable débat. Fermer un lycée n'est pas juridiquement la même chose qu'un état d'urgence c'est un fait.
Le droit français permet à un chef d'établissement, en cas d'urgence et notamment de menace ou d'action contre l'ordre dans l'enceinte scolaire, d'interdire l'accès aux locaux et de suspendre les enseignements. Il doit en informer notamment le conseil d'administration et les autorités compétentes.
Mais aussi et par ailleurs, le ministère prévoit depuis plusieurs années des plans de continuité pédagogique permettant ponctuellement de passer à un enseignement hybride ou entièrement à distance lorsqu'une situation locale ou nationale le nécessite (éduscol)
Donc, juridiquement, la fermeture ponctuelle d'un lycée et le passage aux cours à distance ne constituent pas, en eux-mêmes, une situation et encore moins un état d'urgence.
Mais cela ne signifie pas que la question politique et démocratique soit inexistante.
Le problème est celui d'un glissement.
Une question demeure et peut alors être reformulée ainsi :
Lorsqu'une contestation sociale perturbe le fonctionnement d'une institution, la réponse de l'État doit-elle être de résoudre les causes de la contestation ou de neutraliser les lieux dans lesquels elle s'exprime ?
C'est une question fondamentale et profonde.
« Nous fermons cet établissement parce qu'il existe un danger concret et immédiat pour les élèves et les personnels. »
ou
« Nous fermons cet établissement parce que la mobilisation qui s'y déroule perturbe l'ordre public. »
Dans le premier cas, la fermeture relève d'une logique de protection.
Dans le second, elle peut prendre la forme d'un outil de gestion de la contestation.
La frontière entre les deux doit donc être particulièrement surveillée.
Le précédent du Covid-19 est politiquement puissant, mais fallacieux.
En effet, faire un parallèle et infiné une justification avec l'année 2020 ( COVID-19) est compréhensible, mais les situations ne sont pas juridiquement identiques.
Pendant la pandémie, le fait de fermer des établissements répondait à une menace sanitaire collective. L'enseignement à distance avait alors été présenté comme un moyen de maintenir le droit à l'instruction malgré les contraintes sanitaires.
Aujourd'hui, la logique annoncée est différente :
ce n'est pas un virus qui empêche l'accès au lycée ; c'est une situation de blocage ou de dégradation susceptible de compromettre la sécurité.
Mais l'expérience du Covid a installé quelque chose de nouveau dans notre imaginaire collectif : la possibilité de déplacer l'école hors de l'école.
Car une fois que l'enseignement à distance devient une réponse disponible à une situation de crise, il peut être utilisé dans des circonstances très différentes.
La question démocratique devient alors première :
Quels sont les critères précis permettant de passer de l'école ouverte à l'école fermée ?
Et surtout :
Qui décide ? Sur quels faits ? Pour quelle durée ? Avec quel contrôle ?
Sans constituer juridiquement une forme moderne d'assignation à résidence, le développement de la fermeture des établissements scolaires et du recours aux cours à distance peut-il conduire, dans certaines circonstances, à une forme de mise à distance, d'assignation à résidence de la jeunesse contestataire ?
QUAND L'ÉCOLE FERME POUR MAINTENIR L'ORDRE, QUE RESTE-T-IL DU DÉBAT ?
Fermer ponctuellement un lycée lorsqu'il existe un danger réel pour les élèves et les personnels peut relever d'une mesure de protection.
Mais une démocratie doit rester attentive à ce que l'exception ne devienne pas une méthode ordinaire de gestion de la contestation.
Les lycéens ne sont pas seulement des élèves à protéger. Ils sont aussi des citoyens en devenir, capables d'exprimer une colère, de formuler des revendications et de demander des comptes à l'institution.
Répondre à une mobilisation par la fermeture des lieux où elle s'exprime pose donc une question essentielle : protège-t-on l'école, ou cherche-t-on à faire disparaître momentanément le problème qu'elle révèle ?
Le Covid nous avait appris que l'école pouvait entrer dans les foyers par l'intermédiaire d'un écran lorsque les circonstances l'imposaient.
Il ne faudrait pas que cette expérience devienne, demain, un nouvel outil de gestion des crises sociales.
Car une démocratie ne se mesure pas seulement à sa capacité à maintenir le calme.
Elle se mesure aussi et surtout à sa capacité à entendre ceux qui dérangent.
Le Comité Sud Vienne du Mouvement de la Paix.
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