Prise de parole de Mr Alain Rouy: L'ONU: origine, fonctionnement, rôle humanitaire, culturel et solidaire.


À l'heure où les conflits se multiplient, où les inégalités s'aggravent et où les défis climatiques, humanitaires et démocratiques dépassent largement les frontières nationales, la question du rôle des institutions internationales n'a jamais été aussi cruciale.
Créée en 1945 sur les ruines de deux guerres mondiales, l'Organisation des Nations unies est née d'une ambition historique : substituer la coopération à la confrontation, le droit à la loi du plus fort, et la solidarité entre les peuples aux logiques de domination. Malgré ses limites, ses contradictions et les blocages qui ont parfois entravé son action, l'ONU demeure aujourd'hui encore l'expression la plus aboutie d'une gouvernance mondiale fondée sur le dialogue, la négociation et la recherche du bien commun.
Son action humanitaire sauve chaque jour des millions de vies. Son engagement en faveur de l'éducation, de la culture, des droits humains, du développement et de la paix contribue à faire vivre l'idée que l'humanité forme une communauté de destin. Cette conviction est plus que jamais nécessaire dans un monde traversé par les crises.
Pourtant, cet héritage est aujourd'hui fragilisé. Depuis plusieurs années, nous assistons à une remise en cause croissante du multilatéralisme. Les grandes puissances privilégient de plus en plus les rapports de force, les intérêts nationaux immédiats et les logiques transactionnelles. Le droit international est contesté, les institutions communes affaiblies, tandis que les mécanismes de solidarité internationale sont régulièrement remis en question.
L'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis a constitué l'une des expressions les plus visibles de cette évolution. Son retour au pouvoir marque pour beaucoup l'affirmation d'une vision du monde où les alliances sont conditionnelles, où les engagements internationaux sont subordonnés aux intérêts nationaux, et où la puissance économique, militaire ou technologique tend à prendre le pas sur les principes de coopération collective. Cette orientation interroge profondément l'avenir de l'ordre international construit après 1945.
Sommes-nous en train d'assister au déclin d'un système fondé sur des règles communes au profit d'un monde régi par les seuls rapports de force ? Les Nations unies peuvent-elles encore jouer leur rôle de médiateur, de protecteur des populations civiles et de défenseur des droits fondamentaux ? Comment réinventer une solidarité internationale capable de répondre aux défis du XXIe siècle ?
Pour éclairer ces questions essentielles, nous avons l'honneur d'accueillir aujourd'hui Alain Rouy, secrétaire national du Mouvement pour une Alternative Non-violente et vice-président du Bureau international de la paix. Son engagement constant en faveur de la paix, du désarmement, de la justice internationale et de la coopération entre les peuples lui confère une voix particulièrement précieuse dans le débat actuel.
Je vous invite à écouter avec attention son analyse de l'origine, du fonctionnement et du rôle de l'ONU, mais aussi de ce qui se joue aujourd'hui derrière la crise du multilatéralisme : la capacité de l'humanité à construire un avenir commun fondé sur la paix, la justice et la solidarité.
Accueillons chaleureusement Alain Rouy.


Le CETIM salue la mémoire de Jean Ziegler, intellectuel organique de l’anti-impérialisme, camarade de lutte et membre du comité consultatif de notre organisation. Sa disparition ne marque en rien la fin d’une époque, elle constitue au contraire un appel solennel à l’intensification de nos combats. Face à la violence systémique de l’ordre mondial, son héritage ne nous invite pas à pleurer les morts, mais constitue un impératif absolu à nous battre pour le vivant.

Le cœur de la pensée et de l’action de Jean Ziegler fut un internationalisme intransigeant et un tiers-mondisme fondé sur la solidarité matérielle avec les peuples opprimés. Il a compris, bien avant d’autres, que la domination néocoloniale ne s’exerçait plus seulement par la canonnière, mais par le système économique capitaliste.

Dans ce cadre, sa dénonciation implacable de la place financière suisse a fait date. Il a démontré comment le secret bancaire et les institutions financières helvétiques agissaient comme les rouages essentiels de la domination internationale, siphonnant les richesses du Sud global, blanchissant l’argent des oligarchies prédatrices et privant les États postcoloniaux des capitaux nécessaires à leur développement. Son engagement auprès des mouvements anti-impérialistes et anti-coloniaux de libération nationale à travers le monde n’était pas une posture théorique, mais un véritable front de résistance tissé aux côtés de celles et ceux qui défiaient frontalement l’hégémonie occidentale.

Cette grille de lecture trouvait son ancrage le plus cruel dans la question de la faim, qu’il refusait de concevoir comme une fatalité. Pour lui, chaque enfant qui meurt de faim est assassiné par les logiques du capitalisme financier. C’est cette conviction qui a guidé son action historique en tant que Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, et qui l’a poussé à faire cause commune avec les communautés et les travailleurs-euses de la terre. Il a inlassablement soutenu les mouvements paysans, reconnaissant que la souveraineté alimentaire et la résistance face à l’agrobusiness constituent la première ligne de front pour la survie de l’humanité.

Pour le CETIM, la perte de Jean Ziegler est celle d’un membre de notre propre famille politique. Membre actif de notre association, il a publié plusieurs de ses textes fondamentaux au sein de nos éditions*. Sa plume et son engagement viscéral pour les autres ont directement forgé les outils juridiques et politiques que nous portons aujourd’hui dans les instances internationales. Parce que l’oligarchie financière qu’il combattait est toujours en place, parce que les paysan-ne-s continuent d’être exproprié-e-s, notre devoir n’est pas le recueillement passif.


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