Non à la loi Blanchet
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Les mots ont du sens et pour certains il devient urgent de les tordre afin de changer leurs sens, mais aussi celui de l'histoire
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« Créer notre propre vocabulaire », résume l’un des intertitres de ce document. Pour mieux travailler au corps l’imaginaire social, le Front national a choisi d’inventer ses mots. « Du choix des mots utilisés dépend l’efficacité du discours politique mais aussi l’image qu’on en donne », lit-on dans ce texte destiné aux cadres du mouvement qui recommande de « ne pas utiliser le vocabulaire de l’adversaire » ni des « termes » qui le « valorisent » : « Deux types de mots sont à proscrire : les mots appartenant à l’idéologie marxiste, les mots appartenant à l’idéologie des droits de l’homme. »
Les mots interdits devront être remplacés par des mots « à s’approprier » : « Aux mots confisqués par l’adversaire et qui sont devenus autant de symboles, soit du bien (“les travailleurs”), soit du mal (“les patrons”), il faut substituer un autre vocabulaire. » Suit, en deux colonnes, une liste de mots à remplacer par d’autres. Ainsi, un militant ou un dirigeant du Front national ne dira pas « les masses » mais « les peuples », pas « les classes » mais « les catégories socioprofessionnelles, les Français actifs, qui travaillent », pas « les luttes » mais « le combat », pas « le sens de l’histoire » mais « les aléas de l’histoire », pas « les patrons » mais « les employeurs », pas « les possédants » mais « les propriétaires », pas « les mouvements de libération » mais « les mouvements terroristes ».
Une seconde liste donne des exemples de mots à « utiliser pour des raisons tactiques » : « les hommes politiques » deviendront « les politiciens, la nomenklatura politicienne », « le PS, le PC, le RPR et l’UDF » seront désignés sous le label unique de « l’établissement » (le Front refusant « l’establishment », anglicisme qui renforce « le pouvoir attractif de l’American way of life sur la culture européenne »), « les communistes français » seront « les derniers staliniens », « les milieux pro-immigrationnistes » auront droit au qualificatif infamant de « parti de l’étranger », enfin « SOS-Racisme, LICRA, MRAP, etc. » seront tout simplement nommés « les lobbies de l’immigration ».
« Aucun mot n’est innocent », conclut ce texte qui doit beaucoup à l’apport des dirigeants du Club de l’Horloge ralliés à M. Le Pen après avoir eu la même démarche auprès du RPR. « On peut même dire que les mots sont des armes, parce que derrière chaque mot se cache un arrière-plan idéologique et politique. »
Cette portée symbolique du vocabulaire est soulignée par une troisième liste destinée à illustrer la philosophie de l’extrême droite. Ainsi le terme « individualisme » est-il « à bannir » parce que « synonyme d’égoïsme ». À l’individu, cet « homme dépersonnalisé, déshumanisé », le Front national oppose « l’homme enraciné, héritier d’un lignage et d’une culture ». De même l’« universalisme » sera-t-il remplacé par le « cosmopolitisme » ou le « mondialisme », l’« égalitarisme » par le « nivellement », l’« administration » par la « bureaucratie », « les droits de l’homme » par « les droits et les devoirs du citoyen », et la « société » par la « communauté ».
Aucune ambiguïté donc dans ces recommandations tant il est vrai, en effet, que les mots ne sont pas innocents.
loi Blanchet
Cette loi, adoptée par 56 députés lors de la niche parlementaire du MoDem du printemps 2026, prévoit dans son exposé des motifs, 35 séances par an, de 35 minutes chacune, d’enseignement à la Défense dans le second degré, c’est-à-dire de la 6ème à la Terminale inclues.
L’objectif affiché est de « renforcer l’enseignement à la défense nationale dans le cadre du parcours de citoyenneté ». Pour l’atteindre, l’objet de la loi envisage qu’il y ait « un cours structuré obligatoire de défense globale, intégré à l’emploi du temps scolaire et articulé avec le parcours de citoyenneté.
Ce texte propose donc d’inscrire dans la loi un enseignement à la défense nationale clairement identifié au sein du code de l’éducation, sans alourdir les charges publiques. »
Le cinquième point de l’article Ier de cette proposition de loi est ainsi rédigé : « Les programmes et les modalités de cet enseignement sont fixés par arrêté conjoint du ministre chargé de l’éducation nationale et du ministre des armées. »
Cela nous pose plusieurs problèmes :
- d’une part, cette ingérence de l’armée dans les programme scolaires, pour des cours obligatoires, est contraire à tout objection de conscience des élèves ou de leurs familles, possibilité pourtant garantie par la loi et fondamentale dans le cadre du libre exercice de l’esprit critique essentiel à la vitalité de notre démocratie.
- d’autre part, cette « loi Blanchet » ne donne aucune indication précise sur le contenu de ces cours, ni sur leur financement, ni sur les domaines d'apprentissage qui seront sacrifiés pour la mise en place de ces heures de cours.
Il est question dans l’exposé des motifs de la loi d’utiliser le budget de l’armée lorsque des réservistes interviendront dans les classes, mais qu’en est-il si aucun réserviste n'est disponible ? Seraient-ils assurés par les enseignant·es ? Seront-ils financés par le budget de l'éducation nationale ? Et puis, pourquoi l’article II est-il ainsi rédigé : « La charge pour l’État est compensée à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs » si le financement est prévu par le ministère de la défense ?
- enfin, au regard de l’ampleur des conséquences de cette loi, nous ne trouvons pas démocratique qu’elle puisse être adoptée par seulement 56 députés. Nous souhaitons un débat national sur le sujet.
En effet, environ un million d’élèves de la 6ème à la Terminale sont concernés, soit près de 33 000 classes, un module annuel de trente cinq séances représente environ 670 000 heures d’enseignement. Converti en équivalents temps plein, ce volume atteint un peu plus de 1 000 postes ». Il est précisé un peu plus loin : « le coût net additionnel de la généralisation du module obligatoire peut être estimé entre 10 et 15 millions d’euros par an ».
Dans le contexte politique actuel, à un an d’une élection présidentielle dont nul ne peut prévoir le résultat, c’est une porte ouverte à toutes les dérives potentielles. Ces cours seraient de plus associés à des possibilités de stage d’observation dans l’armée, dans le cadre des stages obligatoires en classes de 4è, 3è et seconde. Ces stages apporteraient des bonus au baccalauréat voire pour l'accès aux filières de l'enseignement supérieur, compromettant l'équité entre les jeunes.
Nous demandons aux parlementaires de se mobiliser contre ce projet, notamment par l'organisation d'un débat en plénière à l'Assemblée Nationale à l’occasion d’un nouveau projet de loi visant à abroger cette Loi Blanchet si elle devait être adoptée par le Sénat.
Pour nous, le rôle de l’école publique est de former de futurs citoyen.nes, en leur apportant les moyens de s'émanciper, en leur inculquant les valeurs de la République et tout ce que cela induit comme formation de l'esprit critique, liberté d’expression et d’action, participation à la vie citoyenne par l’engagement associatif, politique ou syndical, mais aussi par la participation aux votes lors d’élections.
Nous resterons attentifs aux suites données à cette pétition et à tout nouveau projet de loi allant dans le sens de l’éducation à la guerre dans les écoles publiques.
Nous refusons la militarisation des esprits, et l'utilisation de l'école publique comme levier pour la mise en place de ce projet !
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