L’ÉCHO DE LA PAIX — NUMÉRO SPÉCIAL QUI ÉCRIT NOTRE MÉMOIRE ?
D’Elne à Bergerac, quand les noms deviennent des enjeux de société
PAGE 1 — ELNE- QUAND UN NOM DISPARAÎT
René Vautier : un nom qui racontait une histoire:
Le 22 septembre 2026, le conseil municipal d’Elne a décidé de reprendre la gestion du cinéma municipal en régie et de modifier son nom. Le cinéma qui portait depuis plus de vingt ans le nom de René Vautier devient « La Bobine illibérienne ».
Derrière ce changement de nom se trouve une figure singulière de l’histoire française.
René Vautier fut résistant, cinéaste et réalisateur engagé. Son œuvre a notamment abordé le colonialisme, le racisme, les guerres et les injustices sociales. Résistant durant l’Occupation, il fut décoré de la Croix de guerre en 1945. Son cinéma s’est ensuite attaché à montrer ce que d’autres préféraient parfois ne pas voir.
« Ne pas politiser la culture »
La municipalité a notamment justifié le changement par la volonté de ne pas politiser la culture et par les engagements politiques de René Vautier, notamment son soutien à l’indépendance algérienne. Cette justification ouvre pourtant une question essentielle :
Peut-on considérer comme « neutre » une décision qui consiste à choisir la disparition d'un nom plutôt qu'un autre ?
Le cinéma reste évidemment la propriété de la commune et le conseil municipal dispose de compétences pour décider de sa dénomination. Mais un nom inscrit sur la façade d’un équipement public n’est jamais seulement administratif.
Il raconte quelque chose.
Il transmet une histoire.
Il donne une place à une mémoire.
CULTURE : UN MOT QUI N’EST JAMAIS ANODIN:
Plusieurs organisations du monde du cinéma ont contesté la décision d’Elne. Le Syndicat de la critique de cinéma et l’Association française des cinémas Art et Essai ont notamment rappelé le parcours de René Vautier et la dimension engagée de son œuvre.
La société chargée de la programmation du cinéma a également annoncé son retrait, expliquant notamment ses inquiétudes face à la volonté affichée de « neutralité » et à la place que pourrait prendre la municipalité dans les choix de programmation.
UN NOM, UNE MÉMOIRE:
Changer le nom d’un équipement culturel n’efface évidemment pas l’œuvre de René Vautier.
Ses films existent, ses combats existent, son histoire existe.
Mais la question demeure : quelle mémoire voulons-nous inscrire dans l’espace public ?
Changer un nom n’efface pas l’Histoire.
Mais cela peut changer ce que l’on choisit de montrer de cette Histoire.
PAGE 2 — BERGERAC- QUAND UNE MÉMOIRE EST HONORÉE:
Irène Sapir : une vie consacrée à transmettre:
Le 30 septembre 2026, le conseil municipal de Bergerac a adopté une délibération donnant à une école de la ville le nom d’Irène Sapir, rescapée de la rafle du Vel d’Hiv, enseignante, ancienne élue municipale et figure locale du travail de mémoire.
Les trois élus apparentés au Rassemblement national ont voté contre. Ils ont notamment invoqué la « neutralité républicaine » et l’engagement communiste d’Irène Sapir.
UNE ENFANT DE CINQ ANS FACE À L’HISTOIRE:
Irène Sapir avait cinq ans lorsqu’elle fut arrêtée avec sa mère lors de la rafle du Vel d’Hiv, en juillet 1942.
Cette expérience allait marquer toute son existence.
Devenue enseignante, militante communiste et élue municipale à Bergerac de 1971 à 2002, elle a consacré une part importante de sa vie à témoigner auprès des jeunes générations sur la déportation, l’antisémitisme et les persécutions.
Son histoire personnelle et son engagement politique font partie de son parcours.
Mais ils ne le résument pas.
LA « NEUTRALITÉ » À L’ÉPREUVE DE L’HISTOIRE:
Les élus RN ont estimé qu’une école de la République ne devait pas porter le nom d’une militante politique.
Cette position pose une question qui dépasse largement Bergerac :
Une personnalité doit-elle être politiquement neutre pour donner son nom à un équipement public ?
Si tel était le principe, il faudrait examiner une immense partie de notre histoire à travers le seul filtre de la neutralité politique.
Or les femmes et les hommes auxquels nous rendons hommage ont presque toujours eu des convictions, des engagements, des combats.
Résistants, syndicalistes, écrivains, artistes, enseignants, scientifiques ou militants des droits humains : beaucoup ont pris position dans leur époque.
UNE ÉCOLE POUR TRANSMETTRE:
Le choix d’Irène Sapir possède une dimension particulière.
Une école est précisément un lieu de transmission.
Donner son nom à une école, c’est inscrire dans le quotidien des enfants une histoire : celle d’une enfant victime des persécutions devenue, des décennies plus tard, une femme qui témoigne pour que les générations suivantes comprennent ce qui s’est passé.
La victime devient passeuse de mémoire.
Et le lieu de transmission devient lui-même un rappel permanent de la nécessité de combattre l’antisémitisme, le racisme et toutes les formes de persécution.
Une école ne transmet pas seulement des connaissances.
Elle transmet aussi une mémoire, des repères et une exigence de vigilance.
PAGE 3 — ÉDITO-QUI ÉCRIT NOTRE MÉMOIRE ? DEUX VILLES. DEUX DÉCISIONS. UNE MÊME QUESTION.
À quelques jours d’intervalle, Elne et Bergerac nous offrent deux situations différentes.
À Elne, le nom d’un résistant et cinéaste engagé disparaît de la façade d’un cinéma municipal.
À Bergerac, le nom d’une rescapée de la rafle du Vel d’Hiv est donné à une école, malgré le vote contre de trois élus RN qui mettent notamment en avant son engagement communiste.
Deux décisions différentes, deux histoires différentes, mais une même interrogation :
QUI DÉCIDE DE CE QUE NOUS DEVONS RETENIR ?
LES NOMS NE SONT JAMAIS SEULEMENT DES NOMS
Une plaque sur une école.
Un nom sur un cinéma.
Une rue.
Une bibliothèque.
Une place.
Un équipement municipal.
Tous ces lieux constituent une sorte de livre ouvert de notre mémoire collective.
Lorsque nous y inscrivons un nom, nous disons aux générations futures :
« Cette personne fait partie de notre histoire et nous considérons que son parcours mérite d’être connu. »
Lorsque nous retirons un nom, nous faisons également un choix.
Cela ne signifie pas nécessairement que l’histoire disparaît. Mais cela modifie les traces visibles que nous laissons dans l’espace public.
René Vautier fut un résistant et un cinéaste engagé. Il fut aussi un homme politiquement engagé, notamment sur la question coloniale.
Irène Sapir fut une enfant victime des persécutions antisémites. Elle fut également militante communiste et élue municipale.
Ce qui nous préoccupe, ce n’est donc pas seulement le changement d’un nom à Elne ou l’attribution d’un nom à Bergerac.
C’est la question plus vaste de la transmission.
Dans une période où les falsifications historiques, les relativisations et les tentatives de réécriture du passé peuvent trouver un nouvel écho, connaître notre histoire devient une responsabilité citoyenne.
La mémoire de la Résistance.
La mémoire de la Shoah.
La mémoire du colonialisme.
La mémoire des guerres.
La mémoire des luttes sociales.
La mémoire de toutes celles et ceux qui ont refusé l’injustice.
Toutes ces mémoires appartiennent à notre histoire commune.
NOTRE MÉMOIRE EST UN BIEN COMMUN
La mémoire ne devrait être la propriété d’aucun parti. Elle ne devrait pas être réécrite au gré des alternances municipales.
Elle doit pouvoir être discutée, confrontée, enrichie.
Mais elle doit surtout être transmise.
Parce qu’un enfant qui connaît l’histoire comprend mieux le présent.
Parce qu’un citoyen qui connaît les mécanismes de la haine est mieux armé pour les combattre.
Parce qu’une société qui se souvient peut mieux défendre la paix, la démocratie et la dignité humaine.
EFFACER UN NOM, CE N’EST JAMAIS SEULEMENT EFFACER UN NOM.
EN INSCRIRE UN, CE N’EST JAMAIS SEULEMENT INSCRIRE UN NOM.
Connaître notre histoire.
Refuser les falsifications.
Transmettre aux jeunes générations.
Défendre la démocratie.
Combattre toutes les formes de racisme et d’antisémitisme.
Faire vivre la culture du dialogue et de la paix.
NOTRE MÉMOIRE EST UN BIEN COMMUN.
Le COMITÉ SUD VIENNE DU MOUVEMENT DE LA PAIX
Pour la paix, la solidarité, les droits humains et la mémoire
mvtpaix86@gmail.com
www.mouvementpaix86.fr
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