N°2 El Nino 2026 changement climatique
El Niño pas une simple anomalie météorologique, mais comme un révélateur des inégalités mondiales : le phénomène est naturel, mais ses conséquences humaines dépendent fortement de la pauvreté, de l’accès à l’eau, de la dépendance agricole, des conflits et des capacités d’anticipation.
En juin 2026, la FAO indiquait qu’un nouvel épisode d’El Niño était susceptible de commencer dans les semaines suivantes et identifiait notamment le Sahel, l’Afrique australe, l’Asie du Sud et du Sud-Est, l’Amérique centrale et les Caraïbes comme des zones particulièrement exposées à la sécheresse agricole.
EL NIÑO : QUAND LE CLIMAT FRAPPE D’ABORD LES PLUS VULNÉRABLES:
Une crise climatique qui n’est pas seulement climatique
El Niño naît dans le Pacifique, mais ses conséquences peuvent parcourir la planète.
Un réchauffement inhabituel des eaux du Pacifique modifie les circulations atmosphériques et les régimes de précipitations. Dans certaines régions, cela signifie davantage de pluies et d'inondations ; dans d'autres, sécheresses, chaleur et pénuries d'eau.
Le paradoxe est là : un phénomène naturel produit des conséquences profondément inégalitaires.
Un pays disposant de réserves alimentaires, d'infrastructures hydrauliques, de systèmes d'alerte et de moyens financiers peut amortir un choc climatique.
Une famille de petits agriculteurs vivant de sa récolte annuelle dispose, elle, de beaucoup moins de marges.
1. Le premier choc : l'eau
Dans plusieurs régions du Sud global, l'eau constitue le premier enjeu.
Sécheresse → baisse des récoltes → manque de nourriture → hausse des prix → endettement → perte du bétail ou des terres → déplacement des populations.
La FAO souligne que les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs et petits producteurs sont parmi les premiers touchés lorsque les pluies diminuent, que les pâturages se dégradent ou que les océans se réchauffent.
El Niño peut également provoquer le phénomène inverse : pluies excessives, inondations et glissements de terrain.
Trop d'eau ou pas assez : dans les deux cas, les populations les plus pauvres paient souvent le prix le plus élevé.
2. L'Afrique : une vulnérabilité déjà aggravée
En Afrique australe, El Niño est historiquement associé à une diminution des précipitations pendant une partie de la principale saison agricole. En Afrique de l'Ouest et au Sahel, les épisodes El Niño sont également associés à des conditions plus sèches durant certaines périodes agricoles.
En Afrique de l'Est, la situation est plus complexe : certaines régions peuvent connaître un déficit pluviométrique tandis que d'autres subissent des pluies exceptionnellement importantes et des inondations.
La FAO signalait en juillet 2026 que les effets attendus étaient particulièrement préoccupants dans plusieurs régions africaines, avec un risque de baisse de production agricole et de perturbation des approvisionnements céréaliers en Afrique australe.
El Niño ne crée donc pas à lui seul la crise alimentaire. Il peut amplifier des fragilités existantes.
3. Quand une récolte devient une question de paix
C'est ici que l'analyse devient particulièrement importante pour un mouvement pacifiste comme le notre.
Une mauvaise récolte n'est pas seulement une catastrophe agricole.
Elle peut entraîner :
sécheresse → perte des récoltes → hausse des prix → pauvreté → déplacements → tensions sur les ressources → conflits locaux → migrations.
Il ne faut évidemment pas présenter cette chaîne comme automatique.
Mais le GIEC souligne que les sécheresses, inondations et vagues de chaleur marines peuvent réduire la disponibilité alimentaire, augmenter les prix et fragiliser les moyens de subsistance. Les populations pauvres, les femmes, les enfants et les petits producteurs sont particulièrement exposés.
GIEC
Le changement climatique devient ainsi un multiplicateur de vulnérabilités.
4. Le Sud ne manque pas seulement de pluie : il manque parfois de capacité à absorber le choc
C'est probablement le point central de notre analyse.
Deux populations peuvent subir la même sécheresse et connaître des conséquences totalement différentes.
Pourquoi ?
Parce que la résilience dépend de :
l'accès à l'eau ;
la sécurité alimentaire ;
les infrastructures ;
les systèmes de santé ;
les réserves financières ;
l'accès au crédit ;
la protection sociale ;
la stabilité politique ;
la capacité d'anticipation.
La FAO insiste justement sur l'intérêt d'agir avant la catastrophe : semences résistantes à la sécheresse et à la chaleur, alimentation animale, accès à l'eau, protection des récoltes et systèmes d'alerte précoce.
5. El Niño dans un monde déjà plus chaud
C'est ici que se trouve la dimension prospective.
El Niño est naturel. Le réchauffement climatique actuel ne l'est pas.
La FAO rappelle qu'El Niño intervient désormais dans un monde dont la température de référence est plus élevée. Les émissions de gaz à effet de serre rendent certains phénomènes extrêmes plus fréquents ou plus dommageables ; El Niño peut alors amplifier certaines sécheresses, chaleurs extrêmes, incendies, pluies intenses ou vagues de chaleur marines.
La question n'est donc plus seulement :
« Que va provoquer El Niño ? »
Mais : « Que se passe-t-il lorsqu'un phénomène climatique naturel rencontre un monde déjà fragilisé par le réchauffement, la pauvreté, les conflits et les inégalités ? »
UNE PROJECTION POUR LES ANNÉES À VENIR:
On peut envisager trois scénarios, non pas comme des prédictions certaines, mais comme des trajectoires possibles.
-1°) Trajectoire de solidarité
Les États développent l'alerte précoce, renforcent les stocks alimentaires, sécurisent l'eau, soutiennent les petits producteurs et développent la coopération internationale.
El Niño reste une catastrophe climatique, mais ses conséquences humaines sont limitées.
-2°) Trajectoire de vulnérabilité
Les aides arrivent après les catastrophes plutôt qu'avant.
Les récoltes diminuent, les prix augmentent, l'endettement progresse et les déplacements de population deviennent plus fréquents.
Les crises climatiques deviennent progressivement des crises sociales.
-3°) Trajectoire de fragmentation
Les États les plus riches cherchent prioritairement à protéger leurs propres approvisionnements.
Les pays vulnérables rencontrent davantage de difficultés à accéder à l'eau, aux céréales, au financement et aux infrastructures.
Les tensions autour des ressources augmentent.
Le changement climatique devient alors un facteur supplémentaire de tensions internationales.
ET LA QUESTION DE LA PAIX ?
Pour le Mouvement de la Paix, une conclusion pourrait être particulièrement forte :
La paix ne consiste pas seulement à empêcher les guerres.
Elle consiste aussi à construire les conditions qui permettent aux populations de vivre dignement lorsque surviennent les crises.
Face à El Niño, la solidarité internationale, la sécurité alimentaire, l'accès à l'eau, la lutte contre le dérèglement climatique et la prévention des conflits deviennent ainsi des politiques de paix.
Le véritable enjeu n'est donc peut-être pas seulement de savoir si El Niño sera puissant.
C'est de savoir si le monde sera capable de répondre collectivement à ses conséquences.
La FAO montre d'ailleurs que l'anticipation est possible : lors de la période 2023-2024, ses actions anticipatoires liées à El Niño ont concerné 24 pays et 1,7 million de personnes.
« El Niño vient du Pacifique. Mais la faim, les migrations et les tensions qu'il peut amplifier n'ont pas de frontières. Dans un monde interdépendant, anticiper la catastrophe et partager les ressources n'est plus seulement une question climatique : c'est une politique de paix. »
Le comité sud vienne du mouvement de la paix.
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